mercredi 27 juillet 2016

Les blessures

Comment faire pour agir sans blesser les autres Est-ce que vous voulez savoir ?
La réponse, je le crains, est qu'il  ne faut rien faire du tout. Si vous vivez pleinement votre existence, vos actions sont susceptibles de causer des heurts ... 
Pourquoi est-on blessé ? À cause de l'importance que l'on s'accorde, n'est-ce pas? Pourquoi nous donnons-nous tant d'importance ?

Parce que nous nous faisons une idée de nous-mêmes, nous avons un symbole, une image du moi, l'image de ce qu'il faudrait être, de ce que nous sommes ou de ce qu'il ne faut pas être. Pourquoi se crée-t-on une image de soi-même? Parce qu'en réalité on n'a jamais examiné ce que l'on est. Nous pensons qu'il faut être ceci, ou cela, l'idéal, le héro, l'exemple... On peut blesser autrui délibérément, vraiment exprès, où on peut le faire inconsciemment, d'un mot, d'un geste, d'un regard ; mais dans un cas comme dans l'autre, on cède au désir de faire mal à quelqu'un, et rares sont ceux qui renoncent définitivement à ce type de plaisir pervers.
Si vous avez envers moi des mots durs, cela me fait mal, mais si aucune importance ne leur est accordée, ils ne deviennent pas la base sur laquelle se fondent mes actions; je peux vous aborder à nouveau, l'esprit frais. C'est cela, l'éducation véritable, au sens profond du terme. Bien que je constate l'effet de conditionnement induit par l'expérience, l'esprit n'est pas conditionné.
Vous dites que vous êtes en colère quand vous apprenez des injustices. Est-ce parce que vous êtes compatissant ? La compassion et la colère font-elles bon ménage ? Vous êtes peut-être en colère à la pensée de l’injustice en général, mais votre colère ne change rien à l’injustice ou à la cruauté ; elle ne peut être que nocive. Pour que vienne l’ordre, vous devez être, vous-même, prévenant, compatissant. Toute action dictée par la haine ne peut qu’engendrer une haine plus grande. Rien de juste ne peut exister là où la colère règne. Justice et colère font mauvais ménage.
Tant que nous cultivons de manière consciente quelque tendance particulière, quelque vertu particulière que ce soit, il ne pourra y avoir ni amour ni compassion, parce que l’amour et la compassion ne sont pas le fruit d’un effort conscient. 
Aimer, en réalité, c’est être libre – les deux partenaires sont libres. Si la douleur est possible, si une éventuelle souffrance est envisageable dans l’amour, ce n’est pas l’amour, ce n’est qu’une forme subtile de possession, de mainmise.
Toute contrainte, si subtile soit-elle, est issue de l’ignorance. Elle naît du désir de récompense ou de la crainte de la punition. Comprendre la nature du piège, dans son ensemble, c’est s’en libérer. La vérité continue en cela est le seul facteur de libération – mais vous devez le découvrir vous-même, vous ne pouvez pas simplement en être persuadé. Il vous appartient d’entreprendre ce voyage sur une mer inconnue. 
Krishnamurti : Le livre de la méditation et de la vie

15 juillet
La peur de blesser
Si vous vivez pleinement votre existence, vos actions sont susceptibles de causer des heurts ; mais qu'est ce qui compte le plus : découvrir ce qui est vrai, ou ne pas perturber les autres ? (...) Pourquoi voulez-vous respecter les sentiments et opinons des autres ? La question est si simple qu’elle mérite à peine une réponse. Avez-vous peur qu'on veuille heurter vos propres sentiments ou peser sur vos opinions ? Si certains ont des opinions différentes de vôtres, vous ne pouvez savoir si elles sont justes qu'en les remettant en question, en entrant en contact effectif avec elles. Et si vous constatez le manque de justesse de ces opinions et de ces sentiments, votre découverte va probablement  troubler ceux qui chérissent ces sentiments, ces opinions. Que faire alors ? Devez-vous y souscrire ou vous en accommoder, afin de ne pas blesser vos amis ?

16 janvier
L'image du moi, source de douleur
Pourquoi cette division entre problèmes majeurs et problèmes mineurs ? (…) Pourquoi faisons nous d’elle un grand problème ou un petit, un problème essentiel ou un problème sans importance ? Si nous parvenions à comprendre un problème, un seul, à l'étudier à fond, qu'il soit grand ou petit, alors nous éluciderions tous les problèmes. Et ceci n'a rien d'une réponse rhétorique. Prenez un  problème quelconque : la colère, la jalousie, l'envie, la haine - elles nous sont toutes familières. Si vous explorez la colère à fond, au lieu de l'écarter, alors, qu'est-ce que cela implique? Pourquoi est-on en colère ? Parce qu'on vous a blessé, parce qu'on vous a fait une réflexion méchante ; mais quand on vous fait une remarque flatteuse vous êtes content.(...)
Ce qui déclenche la colère, c'est que notre idéal, l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes soit attaqué. Et l'idée que nous avons de nous-mêmes est notre moyen d'éluder un fait - la réalité de ce que nous sommes. Mais lorsque vous observez votre réalité propre en tant que fait, personne ne peut vous blesser. Alors, si vous êtes menteur et que quelqu'un vous traite de menteur, cela ne signifie pas que vous soyez blessé : c'est un fait. Mais si vous prétendez ne pas être menteur et qu'on vous accuse de l'être, vous êtes en colère, vous devenez violent. Nous vivons donc sans cesse dans un monde idéalisé, un monde de mythes, et jamais dans un monde réel. Pour observer ce qui est, pour le voir vraiment, pour se familiariser avec ce qui est, il ne doit y avoir ni jugement, ni évaluation, ni opinion, ni peur.
 
17 juillet
Le plaisir pervers 
Le sadisme existe. Savez-vous ce que ce mot signifie? Un écrivain, le marquis de Sade, raconta dans un de ses livres l'histoire d'un homme qui prenait plaisir à faire souffrir et à regarder souffrir ses victimes. Telle est l'origine du mot sadisme, qui signifie le fait d'éprouver du plaisir devant la souffrance d'autrui. Certaines personnes éprouvent une étrange satisfaction au spectacle de la souffrance. Observez-vous et voyez si vous éprouvez ce sentiment. Il peut ne pas être évident, mais s'il est présent, vous constaterez qu'il s'exprime dans le rire qui se déclenche impulsivement lorsqu'on voit tomber quelqu'un. On a envie de voir les puissants abattus; on critique, on fait des commérages inconséquents  tout cela est l'expression d'une insensibilité, une espèce de désir de faire mal aux autres.

18 juillet 
La véritable éducation
L'esprit crée à partir de l'expérience, de la tradition, de la mémoire. L'esprit peut-il, bien qu'il vive des expériences, se libérer de tout réflexe de stockage? Comprenez-vous la différence? Ce qu'il faut, c'est non pas cultiver les souvenirs, mais se libérer du mécanisme d'accumulation de l'esprit.
Vous me blessez, ce qui est pour moi une expérience ; et ma mémoire emmagasine cette blessure; et cela devient ma tradition, et c'est en m'appuyant sur cette tradition que je vous regarde ; je réagis en fonction de cette tradition. C'est le mécanisme quotidien de mon esprit et du vôtre. Est-il possible que, bien que vous me blessiez, ce mécanisme d'accumulation ne se déclenche pas? Les deux mécanismes sont entièrement différents. Si vous avez envers moi des mots durs, cela me fait mal, mais si aucune importance ne leur est accordée, ils ne deviennent pas la base sur laquelle se fondent mes actions; je peux vous aborder à nouveau, l'esprit frais. C'est cela, l'éducation véritable, au sens profond du terme. Parce qu’alors, bien que je constate l'effet de conditionnement induit par l'expérience, l'esprit n'est pas conditionné.

19 juillet 
La colère abolie
(…) La colère peut surgir pour des raisons d’ordre physique ou psychologique. Nous sommes en colère, peut-être parce que nous sommes en situation d’échec, que nos défenses s’effondrent, ou que notre sécurité, si soigneusement préservée, se trouve menacée, et ainsi de suite. La colère nous est familière à tous. Comment faire pour comprendre et dissiper la colère ? Si vous estimez que vos croyances, vos conceptions et vos opinions sont de la plus haute importance, alors vous ne pouvez que réagir violemment quand vous êtes mis en question. Mais si, au lieu de s’accrocher aux croyances et aux opinions, on commence à se demander si vraiment elles sont essentielles à notre compréhension de la vie, alors la compréhension des causes de la colère abolit celle-ci. Et ainsi commencent à céder nos résistances, cause de tant de douleur et de conflits.
 
20 juillet
Le pardon n’est pas la véritable compassion
Qu’est-ce qu’être compatissant ? Trouvez vous-même, cherchez à savoir si un esprit qui est blessé, ou qui peut l’être, est jamais capable de pardonner.
(…) La compassion, comme l’amour, n’est pas du domaine de l’esprit. Lorsqu’il manifeste de la compassion ou de l’amour, l’esprit n’a pas conscience de lui-même. Mais dès qu’on pardonne consciemment, l’esprit met à profit sa propre blessure pour renforcer son propre centre. L’esprit qui accorde son pardon consciemment ne peut jamais pardonner ; il ne connaît pas le pardon ; il pardonne pour éviter de nouvelles blessures.
Il est donc fondamental de découvrir pourquoi au juste l’esprit se souvient, pourquoi il stocke les souvenirs. C’est parce que l’esprit ne cesse de vouloir s’agrandir, prendre de l’ampleur, être quelque chose. Lorsque l’esprit à renoncé à être quoi que ce soit, prêt à n’être rien, absolument rien, alors dans cet état naît la compassion. Dans cet état il n’est ni pardon ni blessure ; mais, pour comprendre cela, il faut comprendre le développement conscient du « moi »…

21 juillet
L’éventualité de la douleur exclut l’amour
Celui qui s’interroge veut savoir comment il peut agir librement, sans autocensure, alors qu’il sait que son action va inévitablement heurter ceux qu’il aime.
(…) Si vous aimez quelqu’un, si vous l’aimez vraiment, il est tout à fait exclu que vous puissiez le blesser en faisant une chose que vous estimez juste. Ce n’est que lorsque vous voulez que l’autre agisse à votre guise ou qu’il veut que vous agissiez à sa guise qu’il y a souffrance. (…) tous les efforts que l’on déploie dans le but d’être rassuré, encouragé, ne font en réalité que trahir une absence de richesse intérieure ; (…) et l’un des deux partenaires, pour s’adapter à l’autre, doit refouler ce qu’il ressent vraiment. Autrement dit, cette répression permanente, dictée par un prétendu amour, détruit les deux partenaires. Dans ce type d’amour il n’y a pas de liberté ; ce n’est qu’un asservissement subtil.

22 juillet 
La nature du piège
La douleur résulte d’un choc, c’est l’ébranlement momentané d’un esprit installé, ayant accepté la routine de la vie. Quelque chose survient – une mort, la perte d’un emploi, la remise en cause d’une conviction privilégiée – et l’esprit est perturbé. Mais que fait l’esprit perturbé ? Il essaye de retrouver une tranquillité, il se réfugie dans une autre croyance, dans un travail plus sûr, dans une nouvelle relation. Les vagues de la vie reviennent bientôt briser ces protections, mais l’esprit rebâtit très vite de nouvelles défenses ; et cela continue. Ce n’est pas une façon de faire très intelligente, ne trouvez-vous pas ?



lundi 25 juillet 2016

La douleur

La souffrance, c’est … le chagrin, l’incertitude, le sentiment d’une solitude absolue. La souffrance peut être liée à la mort, à l’incapacité à se réaliser, au fait de ne pas être reconnu, ou d’aimer sans être payé de retour. Il y a la souffrance consciente, et il y a la souffrance inconsciente, qui nous a été léguée en héritage au fil des siècles. L’homme a toujours cherché à vaincre cette chose extraordinaire que l’on nomme souffrance, chagrin, détresse, mais même lorsque nous sommes superficiellement heureux, que tous nos désirs sont comblés, les racines de la souffrance sont toujours là, tapies dans les replis profonds de l’inconscient. Donc, lorsque nous parlons de la fin de toute souffrance, nous voulons dire la fin de toute souffrance, consciente et inconsciente. Pour mettre un terme à la souffrance, il faut avoir un esprit très clair et très simple. La simplicité n’est pas une simple idée. Pour être simple, il faut beaucoup d’intelligence et de sensibilité.
Un esprit qui se préoccupe de comprendre la compassion, l’amour et tout le reste ne peut évidemment que comprendre ce qu’est la peur et ce qu’est la souffrance.
Krishnamurti : Le livre de la méditation et de la vie

8 juillet
La souffrance n’est pas ma souffrance
Votre souffrance individuelle est-elle différente de la mienne, (…) Les circonstances, les incidents peuvent varier, mais en essence la souffrance de l’autre est identique à la mienne, n’est - ce pas ? La souffrance est la souffrance, elle n’est ni la votre ni la mienne, bien sûr. Le plaisir n’est ni votre plaisir ni le mien – c’est le plaisir. Lorsque vous avez faim, cette faim ne concerne pas que vous, c’est aussi la faim de l’Asie tout entière. (…)
 C’est cela, voyez – vous, que nous refusons d’admettre. Nous ne voyons pas que nous ne sommes tous qu’une seule et même humanité. – mais tous enclos dans des sphères différentes, des zones différentes de l’existence. Quand vous aimez quelqu'un, ce n’est pas votre amour, Car alors il devient tyrannique, possessif, jaloux, angoissé, brutal. De même, la souffrance est la souffrance – non votre souffrance ou la mienne. (…) Quand un homme n’a ni nourriture, ni vêtements, ni maison, il souffre – qu’il vive en Asie ou en occident. (…) Comprendre cette souffrance – qui n’est ni à vous ni à moi, qui n’est pas non plus impersonnelle ou abstraite, mais réelle, et partagée par nous tous – est une chose qui requiert une grande pénétration, une grande lucidité de perception. Et la fin de cette souffrance apportera naturellement la paix, tant intérieure qu’extérieure. 

9 juillet
Il faut comprendre la souffrance 
Pourquoi vous ou moi sommes-nous si insensibles à la souffrance d'autrui ? (…) Pourquoi sommes-nous si endurcis ? (…) Si je comprends la souffrance, j’y deviens sensible, je deviens attentif à tout, non seulement à moi-même, mais à ceux qui m’entourent, à ma femme, à mes enfants, à l’animal, au mendiant. Mais nous ne voulons pas comprendre, et cette fuite devant la souffrance nous engourdit l’esprit et nous finissons par nous endurcir. . Le fait est que cette souffrance, si elle n’est pas comprise, nous engourdit l’esprit et le cœur, et nous ne comprenons pas la souffrance parce que nous voulons y échapper, en comptant sur un gourou, sur un sauveur, sur les mantras, la réincarnation, les idées, l’alcool et toute autre forme de dépendance – tout est bon pour échapper à ce qui est… Pourtant, comprendre la souffrance ne consiste pas à en découvrir les causes. Tout homme est à même de connaître les causes de la souffrance : sa propre inconséquence, sa stupidité, son étroitesse d’esprit, sa brutalité, ainsi de suite. Mais si je regarde la souffrance elle-même sans désir de réponse, que se passe-t-il alors ? Alors, n’étant pas en position de fuite, je commence à comprendre la souffrance ; mon esprit est attentif, alerte, vif, aiguisé, ce qui veut dire que je deviens sensible, et parce que je suis sensible, j’ai conscience de la souffrance des autres. 

10 juillet
Les croyances, rempart contre la douleur
La douleur physique est une réaction nerveuse ; mais la douleur psychique surgit lorsque je m’accroche à des choses qui me sont agréables, car je redoute alors tout ce qui pourrait m’en priver. Les accumulations psychologiques constituent un barrage à cette souffrance tant qu’elles ne sont pas menacées : je suis un paquet d'accumulations et d’expériences qui s’opposent à tout ce qui pourrait les déranger. Je refuse de me laisser déranger, donc j’ai peur, et c’est du connu dont j’ai peur, de ces accumulations physiques ou psychologiques dont je me suis entouré pour écarter la douleur ou pour empêcher l’affliction de se produire. Mais l'affliction est incluse dans le processus même de ces accumulations destinées à éviter la souffrance. Les connaissances aussi ont pour but de l'éviter. De même que les connaissances médicales sont utiles contre la douleur physique, les croyances  le sont contre la douleur psychique, et c’est pour cela que j’ai peur de perdre mes croyances, (…) Il peut m’arriver de rejeter certaines des croyances traditionnelles qui m’avaient été inculquées, et de m’appuyer sur une expérience personnelle qui m’éclaire et me donne force, compréhension et confiance en moi ; mais ces croyances et cette expérience sont de même nature : ce sont des moyens d’éviter la douleur. 

11 juillet
Une compréhension intégrale
Quel sens faut-il donner au mot « souffrance » ? Est-ce quelque chose dont vous êtes dissocié ? Est-ce une chose qui reste en dehors de vous – qu’elle vous affecte intérieurement ou extérieurement – et que vous observez, dont vous faites l’expérience ? N’êtes-vous que l’observateur en train de vivre l’expérience ? Ou s’agit-il d'autre chose ? C’est certainement là un point important, n’est-ce pas ? Quand je dis : « je souffre », que veux-je dire par là ? Suis-je distinct de la souffrance ? Là est la question, assurément.  (…) Comment puis-je comprendre la totalité de la souffrance ? Ce n’est que lorsque je suis capable de comprendre pleinement qu’il m’est possible d’être libéré de la souffrance. Mais si je suis écartelé entre des tendances contradictoires, alors la vérité m’échappe…
(…) Vous verrez qu’en présence d’un fait, d’une vérité, la compréhension apparaît  uniquement lorsque je suis capable d’appréhender ce tout, sans division – et non lorsqu’il y a séparation entre la souffrance et  le « moi » qui l’observe. Voilà la vérité.

12 juillet
Vous êtes la souffrance
Lorsqu’il n’y a pas un observateur qui souffre, la souffrance est-elle autre chose que moi-même ? Je suis elle. La douleur et moi ne sommes pas dissociés. Et alors que se passe-t-il ? Il n’y a pas de mot, pas d’étiquette, qui viennent écarter cette douleur en lui donnant un nom. Lorsque je ne la nomme pas, lorsqu’il n’y a pas de peur suscitée par elle, est-ce qu’il existe une relation entre la souffrance et le moi en tant que centre de conscience ? Si le centre est en état de relation avec cette souffrance, il en a peur. Mais s’il est cette souffrance même, que peut-on faire ? Il n’y a rien que l’on puisse faire. On est cela, on ne peut ni l’accepter ni le refuser, ni lui donner un nom. (…) Il n’y a plus de « je souffre », parce qu’il n’y a pas de centre pour souffrir. Le centre ne souffre que parce que nous  n’avons pas examiné ce qu’est ce centre. Nous ne vivons qu’en passant d’un mot à un autre mot, d’une réaction à une autre réaction.

13 juillet
La souffrance est-elle inévitable ?
Il existe tellement de variétés, de complexités et de degrés dans la souffrance. Nous le savons tous. (…) Si nous disons que la souffrance est inévitable, alors, il n’y a pas de réponse ; alors vous avez déjà cessé d’enquêter. (…) Vous pouvez fuir à travers l’autre, homme ou femme, ou dans l’alcool, les distractions, diverses formes de pouvoir, d’ambition sociale, de prestige, et dans le bavardage intérieur de votre néant ; les objets à travers lesquels vous fuyez prennent une importance colossale. Vous avez donc à votre tour fermé votre porte à la souffrance, comme la majorité d’entre nous…(…) Certes la souffrance physique existe. (…) Il y a aussi la peur des douleurs à venir, futures causes de souffrance.
La souffrance est étroitement liée à la peur, et sans compréhension de ces deux éléments essentiels de la vie, nous ne comprendrons jamais ce que c’est que d’être compatissant, aimant. 

14 juillet
Souffrance consciente et inconsciente
Il y a la souffrance consciente, et il y a la souffrance inconsciente, celle qui paraît sans fondement sans cause directe. C’est la souffrance consciente qui nous est le mieux connue, et nous savons aussi comment l’aborder. Ou bien nous la fuyons par le biais d’une croyance religieuse, ou bien nous la rationalisons, ou bien nous avons recours à une drogue quelconque – intellectuelle ou matériellement tangible ; ou bien nous nous grisons de mots, de distractions, de divertissement futiles. Malgré tous ces efforts, nous n’arrivons pas à nous défaire de la souffrance consciente.   Et puis il y a la souffrance inconsciente, qui nous a été léguée en héritage au fil des siècles…


jeudi 14 juillet 2016

Le bonheur

Dans ce monde agité, où tous s’efforcent de trouver une paix, un bonheur, un refuge, il est important, n’est-ce pas, que chacun de nous sache le but qu’il veut atteindre, l’objet de ses recherches. Peut-être est-il possible de trouver une satisfaction, mais peut-on « trouver » le bonheur ? Le bonheur est un dérivé ; c'est le sous-produit de quelque chose. Très peu d’entre nous connaissent la joie. Le spectacle d’un coucher de soleil, de la pleine lune, d’un être splendide, d’un bel arbre, d’un oiseau en vol, de danseurs, nous réjouit à peine. 
En fait, rien ne nous procure la joie. La joie n'est pas une simple sensation.  Elle exige un extraordinaire raffinement d'esprit, mais pas le raffinement de l'ego cherchant à amasser de plus en plus pour son propre profit. 
Il nous faut comprendre cette chose extraordinaire ; sinon, la vie devient petite, mesquine, superficielle - elle se réduit à naître, à apprendre quelques petites choses, à avoir des responsabilités, à gagner de l'argent, à s'offrir quelques divertissements intellectuels -, puis à mourir. 
Le souvenir c'est du passé, et le passé est sensation, réaction, mémoire. Le bonheur n'est pas une sensation.  Les sensations cherchent toujours des satisfactions. La fin est une sensation, mais le bonheur n'est pas une fin : on ne peut pas se lancer à sa recherche. Les objets, les relations et les idées sont impermanentes, ils s’usent ou se perdent ; nos relations ne sont que frictions incessantes – et la mort guette ; les idées et les croyances n’ont aucune stabilité, aucune permanence. Pour découvrir le véritable sens du bonheur, il nous faut explorer le fleuve de la connaissance de soi.
 La vérité sur le bonheur viendra si je sais écouter. Je dois savoir prêter l’oreille sur la souffrance ; si je sais écouter la souffrance, je sais écouter le bonheur, parce que c’est cela que je suis.
J Krishnamurti : Le livre de la méditation et de la vie
1er juillet
Bonheur contre satisfaction
Quel est le but que poursuivent la plus part d'entre nous? Quel est notre désir le plus profond ? (...) Nous sommes probablement presque tous à la poursuite d'une forme de bonheur, d'une sorte de paix. Dans un monde où règne le désordre, les luttes, les conflits, les guerres, nous voulons trouver un peu de paix dans un refuge. (.. ) Mais est-ce le bonheur que nous cherchons ou une sorte de satisfaction dont nous espérons tirer un bonheur ? Le bonheur et la satisfaction sont deux choses différentes. Peut-on "chercher" le bonheur ? Le bonheur est un dérivé ; c'est le sous-produit de quelque chose. Et avant de consacrer nos esprits et nos cœurs à une recherche qui exige beaucoup de sincérité, d'attention, de réflexion, de soin, nous devons savoir si c'est le bonheur que nous voulons, ou une satisfaction. 

2 juillet
La patiente exploration de la joie 
(…) Nous sommes des spectateurs que les choses amusent ou excite superficiellement, nous éprouvons une sensation que nous appelons la joie. Mais la joie, c'est une chose bien plus profonde, qui doit être comprise et approfondie...A mesure que nous vieillissons, même si nous avons encore envie de jouir des choses,  l'élan n'est plus le même ; nous voulons goûter à des sensations d'un autre type : les passions, le désir, le pouvoir, la position sociale. Ce sont des choses de la vie tout à fait normales, même si elles restent superficielles ; il ne faut ni les condamner ni les justifier, mais les comprendre et leur accorder leur juste place. Si vous les condamnez comme étant des choses sans valeur, tapageuses, stupides ou antispirituelles, vous anéantissez tout le mécanisme de la vie. La joie n'est pas une simple sensation.  Elle exige un extraordinaire raffinement d'esprit, mais pas le raffinement de l'ego cherchant à amasser de plus en plus pour son propre profit. Un tel ego, un homme comme celui-là ne pourra jamais comprendre cet état de joie, cette jouissance sans jouisseur. 

3 juillet 
Il ne faut pas courir après le bonheur 
Qu’est-ce d’après vous, que le «  bonheur » ? Certains disent que le bonheur consiste à obtenir ce qu’on désire, Vous avez envie d’une voiture, vous l’avez, et vous êtes heureux ; (…) Ce que vous appelez le bonheur, c’est parvenir à vos fins – (…) Tant que vous désirez une chose et que vous pouvez l’obtenir, votre bonheur est parfait, vous n’êtes pas frustré, mais si vous n’arrivez pas à obtenir ce que vous voulez, alors le malheur commence. Et cela nous concerne tous. (…) Pauvres et riches veulent tous obtenir quelque chose, pour leur propre profit, celui de leur famille ou de la société ; mais en cas d’empêchement, d’obstacle, ils sont inévitablement malheureux. (…) Nous cherchons à savoir ce qu’est le bonheur, et si le bonheur est une chose dont on a conscience.  Dès l’instant où l’on est conscient d’être heureux, ce n’est plus le bonheur, ne croyez-vous pas ? Il ne faut donc surtout pas courir après le bonheur : il vient spontanément. Mais si on court après il vous échappe.

4 juillet
 Le bonheur n’est pas une sensation
L’esprit ne peut jamais trouver le bonheur. Le bonheur n’est pas une chose qu’on peut chercher et trouver, comme la sensation. On peut trouver et retrouver la sensation, car on la perd toujours ; mais on ne peut pas trouver le bonheur. Le souvenir du bonheur n’est qu’une sensation, une réaction pour ou contre le présent. Ce qui n’est plus n’est pas le bonheur ; l’expérience du bonheur qui n’est plus n'est qu’une sensation, car le souvenir, c'est le passé, et le passé est sensation. Le bonheur n'est pas une sensation...
Ce que vous connaissez est le passé, non le présent ; et le passé est sensation, réaction, mémoire. Vous avez le souvenir d’avoir d’été heureux ; mais le passé peut-il dire ce qu’est le bonheur ? Il peut se rappeler, mais il ne peut pas être. (…) Le fait même de reconnaître empêche la perception directe. (…) La conscience ne vient qu’avec le conflit, le conflit du souvenir d’un plus. Le bonheur n’est pas le souvenir d’un plus. (…) La pensée à tous les niveaux est la réponse de la mémoire, et ainsi la pensée engendre invariablement le conflit.

5 juillet
Quête de l’objet, clé du bonheur ?
Nous cherchons le bonheur dans les objets, les relations, les idées. Et ainsi ce sont les objets, les relations, les idées qui passent au premier plan – et non le bonheur. (…) Peut-on trouver le bonheur par l’intermédiaire d’un  moyen quelconque, d’un objet quelconque, façonné par la main ou l’esprit ?  Les objets, les relations et les idées sont impermanentes, ils s’usent ou se perdent ; nos relations ne sont que frictions incessantes. (…) Ainsi, pour nous, la souffrance devient un problème, la vaincre en devient un second. Pour découvrir le véritable sens du bonheur, il nous faut explorer le fleuve de la connaissance de soi. Mais la connaissance de soi n’est pas une fin en soi. Un fleuve a-t-il réellement une source ? C’est chaque goutte d’eau du début à la fin qui fait le fleuve. C’est une erreur de s’imaginer qu’on va rencontrer le bonheur à la source. La rencontre se fait au point où vous vous trouvez sur le fleuve de la connaissance de soi.  

6 juillet
Un bonheur sans aucun lien avec l’esprit
Nous pouvons glisser d’un raffinement à un autre, d’une jouissance à une autre, d’une subtilité à une autre, mais au centre de tout cela, il y a le « moi » - le « moi » qui prend son plaisir, qui veut plus de bonheur, le « moi » qui cherche le bonheur, qui attend, le désire ardemment, le «  moi » qui lutte, le « moi » qui devient le plus en plus raffiné, mais n’a jamais envie d’arriver à son terme. Or c'est seulement lorsque le « moi » sous toutes ses formes subtiles cesse d’exister que survient un état de félicité dont la quête est impossible, une extase, une joie véritable, dénuée de toute souffrance, de toute corruption…
Si nous pouvons comprendre le processus de la vie, sans condamner, sans dire que c’est bien ou mal, alors, je le pense, survient un bonheur créatif qui n’appartient ni à « vous » ni à « moi » Ce bonheur créatif est comme le soleil. (…) Quand l’esprit est capable d’aller au-delà, est alors un bonheur sans aucun lien avec l’esprit.

7 juillet
Comprendre la souffrance
Pourquoi la question : « Qu’est-ce que le bonheur ? » Est-ce la bonne façon d’aborder la question ? (…) Nous ne sommes pas heureux. Si nous l’étions, le monde où nous vivons serait tout différent ; notre civilisation, notre culture seraient totalement, radicalement différentes. (…) Nous sommes malheureux, même si nous avons des connaissances, de l’argent, de l’expérience. Nous sommes des êtres malheureux, souffrants, et parce que nous souffrons, nous voulons le bonheur, et nous nous laissons mener par ceux qui nous promettent le bonheur – social, économique, ou spirituel…
A quoi bon savoir si le bonheur existe, alors que je souffre ? Suis – je capable de comprendre la souffrance ? C’est cela, le problème – et non de trouver la recette du bonheur. Je suis heureux quand je ne souffre pas, mais dès l’instant où j’en ai conscience, ce n’est plus le bonheur… Il me faut donc comprendre ce qu’est la souffrance. (…) Ne dois–je pas alors,  pour pouvoir comprendre la souffrance, ne faire qu’un avec elle, ne pas la rejeter, ni la justifier, ni la condamner, ni la comparer, mais rester en sa présence et la comprendre ?


mardi 5 juillet 2016

La violence



Nous constatons à quel point l’univers de la haine est florissant de nos jours. L’ignorance étire indéfiniment ses racines jusqu’au plus lointain passé. Nous y avons participé en tant qu’individus, au même titre que nos ancêtres, qui, tout comme leurs propres ancêtres, ont mis en marche ce mécanisme de la haine, de la peur, de l’avidité…Pour anéantir la haine, vous devez vous dissocier de la haine sous toutes ses formes, grossières ou subtiles, mais dès l'instant où vous en êtes prisonnier, vous participez à cet univers d'ignorance et de peur. Le monde est donc une extension de vous-même, un autre vous-même cloné et multiplié. Le monde n'existe pas en dehors de l'individu Quand l’individu est en conflit interne avec lui-même, il déclenche inévitablement des conflits à l’extérieur, et il est le seul à pouvoir faire éclore la paix en lui-même et dans le monde, car il est le monde. 
 La principale cause de la violence est, je pense, le fait que chacun d'entre nous soit en quête de sécurité sur le plan intérieur, psychologique. En chacun de nous, ce besoin de sécurité psychique - ce sentiment intérieur d'être protégé - se projette sous forme d'une exigence de sécurité - extérieur, cette fois. La violence née de notre soif de sécurité personnelle, ou de la recherche d’une sécurité individuelle à travers un système de sécurité...
Êtes-vous capable de regarder cette violence avec une attention totale ? Et quand vous la regardez avec une attention totale, que se passe-il ?
Quand je fais attention à ce que je nomme la violence – et que cette attention est pleine d’intérêt, d’affection, d’amour -, comment peut-il y avoir encore place pour la violence? 
 Krishnamurti : Le livre de la méditation et de la vie

22 juin
La violence
Que se passe-t-il lorsqu’on examine avec une attention totale cette chose que l’on appelle la violence – non seulement la violence en tant que séparation entre les êtres humains, divisés par leurs croyances, leurs conditionnements, et ainsi de suite, mais aussi la violence née de notre soif de sécurité personnelle, ou de la recherche d’une sécurité individuelle à travers un système de sécurité ? (…) Et quand vous la regardez avec une attention totale, que se produit-il ? (…) Lorsque votre attention est totale, c’est que vous éprouvez un intérêt manifeste, et cet intérêt est impossible sans affection, sans amour. Et quand notre attention s’accompagne d’amour, peut-il y avoir violence ? J’ai officiellement condamné la violence, ou je l’ai fuie, ou je l’ai justifiée, ou j’ai dit qu’elle était naturelle. Toutes ces attitudes ne sont que de l’inattention. Mais quand je fais attention à ce que je nomme la violence – et que cette attention est pleine d’intérêt, d’affection, d’amour -, comment peut-il y avoir encore place pour la violence ?

23 juin
Est-il possible de faire cesser la violence ?
(…) Nous savons ce qu’est la violence sans avoir à l’exprimer en mots, en phrases ou en actes. En tant qu’être humain en qui l’animal est encore très présent, malgré de prétendues civilisations, par quel bout vais-je l’aborder ? En commençant par la périphérie, c'est-à-dire la société, ou par le centre, c'est-à-dire moi-même ? Vous me dites qu’il ne faut pas être violent, parce que c’est laid. Vous m’expliquez toutes les raisons, et je vois que la violence est une chose abominable qui affecte les hommes au dehors et au-dedans. Est-il possible de faire cesser toute cette violence ?

24 juin
La cause essentielle des conflits
(…) Il faut que vous compreniez la cause essentielle des conflits et de la souffrance et qu’ensuite vous la fassiez disparaître, au lieu d’attendre que la paix vous vienne d’une aide extérieure. Mais le problème, c’est que nous sommes presque tous indolents. Nous sommes trop paresseux pour nous prendre en charge et nous comprendre nous-mêmes, et à cause de cette paresse, qui est en réalité une forme de suffisance, nous pensons que c’est aux autres de résoudre ce problème à notre place et de nous apporter la paix (...) Quand l’individu est en conflit interne avec lui-même, il déclenche inévitablement des conflits à l’extérieur, et il est le seul à pouvoir faire éclore la paix en lui-même et dans le monde, car il est le monde.

25 juin
Prenez conscience de votre propre violence
L’animal est violent. L’être humain, qui est l’aboutissement de l’espèce animale, est également violent ; la violence, la colère, la jalousie, l’envie, la soif de pouvoir, de réussite sociale, de prestige et tout ce qui s’ensuit, le désir de domination, l’agressivité - tout cela fait partie intégrante de son être. L’homme est violent – les innombrables guerres en sont la preuve – et il a élaboré une idéologie qu’il appelle la non violence. (…) Vous vous maîtrisez afin de ne pas être violent – là encore, il y a un conflit, une friction. (…) La première chose à faire, c’est de vous rendre compte que vous êtes violent – et non d’essayer de devenir non violent. Voir la violence telle qu’elle est, ne pas essayer de la traduire, de la maîtriser, de la vaincre, de la réprimer, mais la regarder comme si vous la voyez pour la première fois – c’est cela, la regarder en l’absence de toute pensée. 

26 juin
Se libérer de la violence
Etes-vous donc capable de voir en la violence un fait – un fait non seulement extérieur à vous-même, mais également présent en vous – sans laisser d’intervalle de temps entre l’instant où vous écoutez et celui où vous agissez ? Cela signifie que par l’acte même d’écouter vous vous libérez de la violence. Vous-êtes totalement libéré de toute violence parce que vous n’avez pas donné libre accès au temps, à l’idéologie d’un temps qui serait susceptible de vous débarrasser à la longue de la violence. Cela exige de nous une méditation très profonde, pas un simple accord ou désaccord verbal.
Jamais nous n’écoutons : notre esprit, les cellules de notre cerveau, sont tellement conditionnés aux idéologies sur la violence que nous ne regardons jamais la violence en tant que le fait.  

27 juin
La cause essentielle de la violence
(...) Au fond de nous mêmes, chacun d'entre nous veut être en sécurité, sûr, certain. C'est la raison d'être de toutes nos lois sur le mariage - qui nous permettent de posséder une femme, ou un homme, et d'assurer la sécurité de notre relation. Si cette relation est attaquée nous devenons violents, ce qui est l'expression de notre besoin psychique, de notre demande intérieure d'être sûrs de nos relations en quelque domaine que ce soit. Mais la certitude, la sécurité n'existent dans aucune relation. (...) La sécurité permanente n'existe pas...

28 juin
Notre violence est un fait avéré
(...) Le monde entier est en proie à la violence, à la guerre ; notre société, fondée sur l'appât du gain, est par ses structures mêmes fondamentalement violente. Et si vous et moi en tant qu'individus voulons être délivrés de la violence - en être libérés totalement, au plus profond de nous, et non au simple niveau des mots et seulement en surface -, alors comment s'y prendre sans pour autant devenir égocentrique ? (...) Nous sommes violents, c'est un fait, et demander : "Comment vais-je faire pour ne plus l'être ?" Ne sert qu'à donner forme à un idéal de non-violence, ce qui me paraît tout à fait futile. Mais si l'on est capable de regarder de front la violence et de la comprendre, alors peut-être sera-t-il possible de l'éradiquer totalement. 

29 juin
La haine anéantie
(...) Cet univers de haine a été créé par nos ancêtres et par leurs propres ancêtres et par nous. Ainsi l'ignorance étire  indéfiniment ses racines jusqu'au plus lointain passé. Elle n'est pas née spontanément. Elle est le fruit de l'ignorance humaine, c'est un processus historique, n'est-ce pas? (...) Aujourd'hui, en tant qu'individus, nous participons à cet univers de haine dans la mesure où, individuellement, nous nous y complaisons. Le monde est donc un prolongement de vous-même. (...) Pour anéantir la haine, vous devez vous dissocier de la haine sous toutes ses formes, grossières ou subtiles, mais dès l'instant où vous en êtes prisonnier, vous participez à cet univers d'ignorance et de peur. Le monde est donc une extension de vous-même, un autre vous-même cloné et multiplié. Le monde n'existe pas en dehors de l'individu. Il peut exister en tant que notion abstraite, en tant qu'état, en tant qu'organisation sociale, mais pour mettre en pratique cette notion abstraite, ou pour faire fonctionner ces organismes sociaux ou religieux, il faut que l'individu soit là. C'est son ignorance, son avidité et sa peur qui maintiennent les structures de l'ignorance, de la cupidité et de la peur. Si l'individu change, peut-il affecter l'univers, l'univers de haine, de cupidité, et ainsi de suite? ...
(...) Lorsque vous êtes motivé, attentif et conscient, non seulement il intervient une dissociation par rapport à tous les phénomènes si laids qui sont à l'origine de toute douleur et de toute détresse, mais cette compréhension-là est également porteuse d'une complétude, d'une plénitude. 

30 juin
On devient ce contre quoi l’on se bat
Il ne fait aucun doute que nous finissons par devenir cela même contre quoi nous nous battons. (...) Si je suis brutal et que vous utilisez pour avoir raison de moi des méthodes brutales, vous devenez brutal, comme moi. Voilà ce que nous faisons depuis des milliers d'années. (...) Il faut étudier la colère en toute tolérance, et la comprendre ; et non la dompter par des moyens violents. La colère peut être due à une multitude de causes et si celle-ci ne sont pas comprises, la colère est inévitable. (...) Nous devons comprendre les causes de cette haine et cesser de l'alimenter par nos pensées, nos sentiments, nos actes. (...) L'ami et l’ennemi sont le résultat de nos pensées et de nos actions. C'est nous qui sommes responsables de l'apparition de la haine, et mieux vaut être conscients de nos pensées et de nos actes plutôt que de nous soucier de l'ennemi ou de l'ami, car une pensée juste met fin à la division. L'amour transcende l'ami et l'ennemi.